LA VIE DU CLUB
LE BETISIER DU CLUB
Le Bêtisier du Club
B comme ... Bivouac
Bivouac : nuit passée en dehors d’un gîte d’étape. 
La randonnée est l’une de nos activités aux Joncs Marins. Nous randonnons sur un ou plusieurs jours, jusqu’à des périodes de dix jours. Il s’agit de randonnée itinérante, c’est – à – dire que nous allons d’un endroit à un autre sans jamais recouper nos traces.  
En été, nous bivouaquons, nous choisissons alors un petit coin de verdure près d’un point d’eau, pour plus de commodité pour nos chevaux et poneys.  
Ces bivouacs nous offrent alors la possibilité d’avoir une vie de groupe moins rigoureuse que si nous étions dans un gîte. 
Activités
C’est ainsi que nous organisons parfois des séances de brossage de dents pour les chevaux. Il y a quelques années, l’une de nos cavalières a mordu à l’hameçon et s’est fait un point d’honneur à nettoyer au dentifrice à la chlorophylle la bouche de son poney les quinze jours qu’a duré la randonnée ; jusque là, rien d’anormal. Sauf que, des années plus tard, et enfin propriétaire de son propre cheval, elle continue à le faire, malgré nos efforts pour lui faire comprendre que c’était une farce. 
Moralité de l’histoire : un moniteur ne devrait jamais sous – estimer le « pouvoir du savoir » qu’il exerce sur ses cavaliers… 
Nous avions organisé une « chasse au dahu » lors d’une rando ado dans les Vosges. Nous étions cinq adultes à l’encadrer. Pour plus de sécurité, l’un des responsables, une femme âgée de vingt – cinq ans, a été désignée pour rester avec Nicolas, alors âgé de quinze ans. Nous étions censés faire une battue autour d’eux et leur rabattre « la bête ». ils étaient munis d’un sac en toile de jute pour y enfermer le dahu, ainsi que d’une casserole et d’une cuillère en bois : nous avions dit à Nicolas qu’il fallait taper treize coups sur le fond de la casserole, observer un temps d’arrêt et recommencer, car l’animal était attiré par les bruits répétitifs. Pendant les treize coups, nous rampions vers eux en faisant bouger les hautes herbes, et nous stoppions dès que les coups cessaient. La seule chose que nous n’avions pas prévu, c’est que l’adulte restée avec le jeune ne connaissait pas la chasse aux dahus… 
Quand nous sommes enfin parvenus jusqu’à eux, nous avons retrouvé un adolescent aux bras duquel se cramponnait une femme terrorisée, et une casserole dont le fond ressemblait à celui d’une bouteille de Bordeaux. Nicolas a gardé des marques de doigts sur les biceps pendant plusieurs jours. 
Vie du Club
Lors d’une autre chasse au dahu, l’un de nos cavaliers, un joyeux drille, avait pris le rôle de la bête. Nous étions tous restés ensembles et, en fait, c’était le dahu qui avait pris le dessus sur les chasseurs : nous étions devenus le gibier. Jean – Louis nous suivait en poussant d’abominables cris. Il courait de droite et de gauche, nous donnant l’impression qu’il était partout et nulle part. Il lui est venu l’idée de grimper dans un arbre et de faire bouger les branches. Il aurait ensuite sauté de l’arbre quand nous serions passé en dessous, et nous aurions tous bien ri de la farce. Le problème est qu’il a choisi un peuplier pour jouer les dahus volants. La branche a cédé sous son poids, et il est tombé dans un grand fracas. Il a alors appelé le responsable du groupe à son secours.
Formation
« Marcel, Marcel, viens me chercher, je ne peux plus bouger ! » 
Et là, l’une des cavalières s’est exclamée, surprise et horrifiée devant tant de familiarité : 
« Marcel, y’a l’dahu qui t’appelle ! » 
En bivouac, nous attachons nos chevaux sur une ligne de corde tendue en hauteur. Nous installons le campement des cavaliers un peu plus loin, mais les responsables dorment à chaque extrémité en cas de problème. 
Cette année là, on m’avait prêté un hamac, et c’est avec bonheur que je dormais dedans. Sauf qu’une nuit, Tennessee s’est détaché et, d’un naturel curieux, est venu mettre son énorme tête dans ce drôle de sac suspendu, histoire de voir s’il n’y avait rien à grignoter à l’intérieur. 
J’ai eu tellement peur que le hamac a fait un tour entier, je suis tombée lourdement sur le sol, et le cheval s’est enfui. Il n’est heureusement pas parti bien loin, nous l’avons récupéré peu de temps après. 
Je n’ai plus jamais dormi sereinement dans un hamac, et Tennessee ne s’est plus jamais détaché la nuit. 
Moins drôle, le réveil à six heures du matin par un vieux savoyard grincheux qui avait depuis trente ans l’habitude de clôturer le G.R. (chemin de grande randonnée ouvert à tous et donc du domaine public) et le coin d’herbe communale qui le longeait, pour y faire paître ses vaches. Pas cool, le déménagement d’un bivouac de douze personnes de six heures à sept heures et demi, au milieu de vaches puantes et pleines de mouches plates et aux moustaches pleines de morve, avec comme un air de ressemblance avec leur propriétaire. Ça, ça met de bonne humeur pour la journée…
Cependant, c’est parfois nous qui faisons peur.  
Une rando de quelques jours entre copains. Pas de clients, alors les hommes ne se rasent pas pendant quatre jours. Résultat des courses : à l’entrée du village, les habitants sont rentrés prestement chez eux et ont fermé la porte. Nous avons traversé un village mort, en pensant aux frères Dalton. 
Mais l’avantage des randonnées - bivouac, c’est que nous ne sommes pas attendus, nous n’avons donc aucune contrainte d’horaire. Il nous est arrivé de tomber dans des petits coins de paradis, comme dans cet écrin vosgien, près des cascades du Hérisson. 
Imaginez : les tentes sont montées sous des arbres au pied d’un piton rocheux, devant nous s’étale une herbe grasse. Un ruisseau peuplé d’écrevisses glougloute à vingt mètres du campement et va se jeter dans un étang naturel. Le soir, nous nous endormons au bruit de l’eau, et le matin nous réveille au cri des aigles dont le nid se trouve à cinquante mètres au dessus de nos têtes. Nous nous sentons tellement privilégiés que nous restons un jour de plus, ce qui nous donnera l'occasion d'aller nager avec nos chevaux et de leur offrir le meilleur festin qui soit : une vaste prairie d’herbes folles qu’ils dévorent goulûment.
Nous sommes heureux, nous sommes libres, et nos chevaux sont des rois.