LA VIE DU CLUB
LE BETISIER DU CLUB
Le Bêtisier du Club
D comme ... Débourrage
Activités
Le débourrage constitue le début du travail du –plus ou moins- jeune cheval. Cette période délicate va conditionner la vie et la carrière du futur cheval ou poney, et l’utilisation que l’homme en fera.
Les premiers exercices commencent à pied, quand le futur athlète n’est encore qu’un poulain, ou du moins, c’est à cette période que cela devrait être fait… On apprend au foal à supporter le licol, à se promener en main sans traîner son dresseur, à donner ses pieds, en douceur, sans savater le premier bipède qui se présente, bref, à être un cheval tout à fait présentable et non un voyou qui ne respecte rien ni personne. Plus tard, on lui apprend à tourner en longe et, quand il est en âge de supporter la selle et le cavalier, le travail monté peut commencer. 
J’ai reçu un jour l’appel d’une maman charmante qui me demanda de débourrer la ponette qu’elle destinait à sa fille. Il s’agissait un poney C de trois ans, qui n’avait jamais été travaillé, le rêve du dresseur, car il n’y a rien de plus désagréable que de reprendre un animal dont le premier (voire le deuxième, ou pire…) débourrage a été raté. 
Je lui donne tous les renseignements qu’elle désire – tarifs, conditions, et j’en passe- et lui distille en prime quelques conseils, comme de mettre la ponette en club pendant quelque temps pour qu’elle apprenne plus vite le travail et que le suivi soit assuré, ou de trouver un bon cavalier pour parachever le débourrage et préparer la jument à la compétition, pourquoi pas ? 
Rires au téléphone. 
_ « Quel âge a votre fille, au fait ?        - Trois ans, comme la ponette.        -… » 
Vie du Club
L’image idyllique de la jeune ado sur sa jument se brise dans ma tête. J’ai à la place la vision apocalyptique d’un bambin faisant le grand écart sur un poney cent fois trop grand pour elle, avec le papa cramponné au licol. J’ai refusé le travail, j’ai laissé le soin à un collègue de se voir un jour reproché son « mauvais travail », le jour où la ponette aura fait un écart de trop et aura envoyé sa (trop) jeune cavalière au tapis. 
Car le débourrage est une phase délicate, réservée à des professionnels dignes de ce nom. Rater un débourrage par manque d’expérience, parce qu’on veut faire trop vite ou parce qu’on use de violence peut avoir des répercutions terribles sur le devenir du cheval. Grison était de ceux – là. C’était un conémara gris, très doux à l’abord, mais très craintif envers l’humain. Il est arrivé avec sa propriétaire, un matin d’avril, dans la bétaillère du marchand. Sa classe, sa beauté nous ont ravi. Les séances de longe se sont particulièrement bien passées, jusqu’à ce que je le monte.  La réaction fut des plus violentes.  Au bout de quinze jours, à raison de deux essais quotidiens, j’ai enfin pu m’asseoir à califourchon. Trois mois plus tard, j’en étais toujours au même stade : trot assis, cramponné à l’étrivière passée autour de son encolure, en me répétant « surtout ne pas tousser ». 
On a tout essayé, la douceur, la fermeté, la nourriture, le manque de nourriture, rien n’y a fait. Il est reparti comme il est venu, en anonyme, et la vision de ce gentil poney condamné à mort, rendu fou par la bêtise humaine et remontant calmement dans le camion me hante encore. 
Formation
Quand on débourre, il ne faut pas se tromper d’objectif. on ne peut pas commencer un travail avec une méthode et le finir avec une méthode diamétralement opposée sans résistance de la par de notre cheval. Une amie travaillant dans un magasin d’articles de sports eut la visite d’un homme qui désirait acheter un licol et une longe, mais qui, visiblement, n’était pas sûr de ce qu’il voulait. Il avait une jument au pré, mais ne réussissait pas à l’attraper. Il est venu plusieurs fois au magasin, la dernière en boitant sérieusement. Mon amie, curieuse de nature a poussé plus loin l’investigation et a découvert que le monsieur avait effectué un stage dans un ranch aux Etats Unis et que, là – bas, on attrapait les chevaux au lasso. Ce brave homme, de retour en France, avait acheté une jument SF et avait testé ce qu’il avait appris. On imagine sans peine la panique de la jument en voyant ce drôle de bipède gesticuler avec sa corde, s’empêtrant dedans (d’où la boiterie), essayant et essayant encore d’attraper cette sale bête qui, décidément, ne faisait aucun effort pour lui faciliter la tâche. 
Je me souviens aussi de ce poney dressé à s’arrêter dès que son cavalier sortait trop de la selle : pratique pour les débutants, un peu galère pour jouer au horse – ball…  Mais certains équidés, plus malins que leurs congénères, se dressent tout seuls. Ils nous observent sans qu’on s’en rende compte, essaient, essaient encore et finissent par trouver la solution. Et c’est là que les ennuis commencent pour nous autres humains qui prenons le cheval pour un herbivore placide et casanier. 
 Les fugueurs : Cruzado ne supporte pas d’être attaché. Il retire son licol et reste à la porte de sa stalle, le nez à la fenêtre, une fois la ration de paille du voisin avalée. On peut serrer le licol à fond, mettre un collier, rien n’y fait. il se libère toujours. 
 Les farceurs : Fanfouet (paix à ton âme, toi qui galope aujourd’hui dans d’autres verts pâturages) était un brave trotteur bien sympathique, que tout le monde aimait sauf en mise en selle. Il aimait la compagnie de l’homme autant que celle de ses congénères. Et il était très observateur. Il vous regardait entrer et sortir et, si vous ne fermiez pas le loquet du bas de sa porte, il était dehors en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ; après quoi il vous suivait, fier de son audace. Si l’incident arrivait de nuit, il allait ouvrir la porte des copains. Plus on est de fous, plus on rit. 
 Les compères : mon trotteur aime les chiens, il joue avec. Je faisais beaucoup de course à pied avec lui, et un jour, quand elle a été assez grande pour pouvoir nous suivre, j’ai également emmené ma chienne husky. Mais deux longes à tenir, ce n’est pas très pratique. J’ai alors eu l’idée lumineuse d’attacher les deux cordes pour me libérer les mains et pouvoir courir à mon aise. Que fait un husky quand la charge qu’il tire résiste ? il tire plus fort. Que fait un cheval quand on lui demande d’aller plus vite ? il accélère. Nous avons fini les cinq derniers kilomètres à 14km/h, eux ravis, moi asphyxiée. Je n’ai jamais recommencé ...